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Space News InNet 211




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Space News InNet numero 211                          samedi 25 juillet 1998


	Sommaire

	Echantillons de planetes
	Un telescope s'eteint un autre s'allume
	-	Un investissement de 20 milliards de francs belges
	Creation d'un bureau pour la detection des asteroides et des cometes


ECHANTILLONS DE PLANETES
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Lorsqu'a debute l'ete 1998, la voute celeste nous presente  en  soiree  son
habituelle richesse stellaire  avec  notamment,  non  loin  du  zenith,  le
magnifique triangle  de  l'ete  Vega-Altair-Deneb.  Un  fait  marquant  est
toutefois qu'en ce moment  les  planetes  brillent  par  leur  absence.  La
situation changera seulement en aout : Jupiter et Saturne  se  leveront  de
moins  en  moins  tard  pour  permettre  que,  dans  des  lunettes,  soient
contemples tant ces  fascinants  mondes  geants  que  le  ballet  de  leurs
satellites.

Mais c'est l'occasion offerte, a defaut de voir actuellement  des  planetes
quand la nuit tombe, de penser a elles singulierement avec la suggestion  -
ayant donne lieu a un premier echange de vues entre le CNES et  la  NASA  -
que les prochaines decennies soient  employees  a  faire  venir,  pour  les
etudier dans nos laboratoires, des  echantillons  d'un  nombre  maximal  de
corps celestes, avec une attention toute particuliere accordee aux planetes
voisines.

L'enjeu apparaitra  d'abord  immense  pour  l'astronautique:  des  missions
sophistiquees a travers le systeme  solaire  ne  sauraient  en  effet  etre
organisees sans une modelisation prealable des terres a explorer. C'est par
ailleurs,  sur  le  plan  scientifique,  la  perspective   de   decouvertes
fondamentales dont donne une idee le precedent des  echantillons  lunaires.
Recueillis en neuf sites selenes - six visites par des hommes et trois  par
des robots, l'un de ceux-ci ayant pu proceder  a  un  forage  sur  2  m  de
profondeur -, ils ont  etabli  la  grande  anciennete,  naguere  totalement
insoupconnee, de notre satellite naturel. Et ils nous ont livre une ebauche
de son histoire. L'ambition est aujourd'hui une connaissance  du  passe  de
tout le systeme  solaire:  le  simple  decompte  des  isotopes  des  divers
elements - aujourd'hui permis avec un tres haut degre de precision sur  des
masses plus petites que le milligramme -  fait  entrevoir  des  revelations
promises  a  concerner  nombre  de  disciplines.  Sans   oublier   l'aspect
philosophique, nous voulons dire cosmologique. Nous  serons  en  mesure  de
dresser un bilan de tout ce qui peut se passer  au  large  de  ces  grosses
boules de gaz denommees  etoiles,  repandues  a  travers  l'Univers  a  des
milliards de milliards d'exemplaires.

Mais au fait pourquoi avoir tarde a organiser  des  retours  d'echantillons
alors que, voici trois decennies, d'aucuns consideraient  comme  imminentes
des operations en ce sens ?

La question n'est pas innocente:  elle  offre  l'occasion  de  dissiper  un
malentendu lorsqu'on fait etat de leur facilite apparente parce qu'on prend
seulement en compte les impulsions parfois modiques qu'elles exigent.  Nous
le rappelions  naguere:  l'astronautique  des  temps  heroiques  avait  ete
obnubilee par la "vitesse caracteristique" attachee a un vol.  Pour  gagner
une orbite basse, elle etait voisine de 9 km/s.  Il  s'agit  d'assurer  7,8
km/s a un satellite mais on doit compter avec le  mauvais  rendement  d'une
fusee dans la premiere phase d'un vol propulse: une  conquete  de  l'espace
put ainsi etre envisagee quand des lanceurs se revelerent capables de creer
9 km/s.

Selon ce mode de calcul, une arrivee dans le domaine lunaire exigeait  12,1
km/s avec, a la cle, un ecrasement dans le style Luna 2  a  la  surface  de
notre satellite naturel. Il fallait raisonnablement tabler  sur  14,8  km/s
pour se poser sur son sol et 17,5 km/s pour le retour d'un vehicule sur  la
Terre apres qu'il ait preleve  des  echantillons  selenes.  En  regard,  la
vitesse caracteristique pour une arrivee en douceur sur Mars etait  estimee
voisine de 12,8 km/s en admettant que l'atmosphere de  la  planete  voisine
soit utilisee pour un freinage a l'arrivee. Et on  pouvait  faire  etat  de
18,5 km/s pour un vol Terre-Mars-Terre, soit a peine plus que pour  un  vol
Terre-Lune-Terre.

L'enfer des manoeuvres en pesanteur

Du moins tel etait le verdict du mathematicien  dont  les  calculs  etaient
rigoureusement exacts. Il y a toutefois loin de la theorie  a  la  realite.
Une condition implicitement glissee dans les chiffres  ci-dessus  etait  la
precision quasi infinie dont  les  vehicules  spatiaux  auraient  du  faire
montre pour creer au  bon  moment  des  impulsions  ideales.  En  fait,  la
mecanique celeste invite a distinguer deux categories de manoeuvres.

Certaines sont peu contraignantes. Elles laissent du temps, en ce sens  que
l'on n'est pas astreint a les effectuer en des endroits et a  des  instants
rigoureusement imposes. Une solution est alors de laisser le cerveau sur la
Terre des l'instant ou l'on peut compter tout a la fois  sur  un  excellent
cadastre du systeme solaire et sur des liaisons sures. La trajectoire de la
sonde sera parfaitement modelisee et des ordres  lui  seront  envoyes  pour
corriger tout ecart decelable. Ces conditions n'etaient pas remplies il y a
30 ans. Elles ne sont pas  loin  de  l'etre  aujourd'hui  grace  au  reseau
americain DSP (Deep Space Network) dont  les  antennes  geantes  (64  m)  -
implantees en Australie, en Espagne et en Californie -  sont  reliees,  par
cable et par  satellite,  a  Pasadena,  ou  se  trouve  le  Jet  Propulsion
Laboratory, capable  de  localiser,  avec  une  grande  precision  dans  un
referentiel terrestre, tout vehicule spatial ou qu'il soit dans le  systeme
solaire. Ainsi, depuis la Terre, est-il possible de bien guider  une  sonde
qui doit seulement "naviguer".

La situation est tres differente pour la seconde categorie  de  manoeuvres:
celles conduites dans un champ de pesanteur significatif. A proximite  d'un
monde dont la masse est importante, les impulsions  doivent  imperativement
etre creees a des instants precis en des points bien determines par rapport
a ce monde. Un  prealable  est  de  ce  fait  une  bonne  connaissance  des
coordonnees de position et de vitesse du vehicule dans un  referentiel  lie
au monde en question. Or notre mecanique celeste ne permet le  raccordement
de celui-ci a un referentiel terrestre qu'avec une incertitude se  mesurant
en kilometres. C'est dire que la sonde doit etre cybernetique.  Lorsqu'elle
arrive en vue de sa cible, elle se prend en main  sous  la  guillotine:  un
retard d'une seconde peut lui etre fatale.

Pour ces manúuvres contraignantes, les  consequences  d'une  erreur  seront
d'autant plus lourdes que le champ de pesanteur  sera  plus  important,  la
gravite des autres mondes etant en fait  doublement  penalisante  dans  une
operation visant a collecter des echantillons a leur surface.  Lorsque  ces
echantillons ont ete preleves par une mecanique que l'on  sait  aujourd'hui
concevoir sure autant que legere,  il  est  necessaire  pour  assurer  leur
retour que des vitesses importantes soient creees avec precision.

Cela se traduit par des conditions tres differentes selon  le  monde  vise.
S'il s'agit d'un asteroide ou d'une comete dont la masse  cosmiquement  peu
importante est creatrice d'une faible gravite, des  impulsions  a  la  fois
modiques et non critiques  suffisent  pour  l'atterrissage  comme  pour  le
decollage.

Non contente d'etre economique, l'operation apparaitra  meme  assez  facile
puisque le vehicule spatial dispose d'une certaine latitude. Il se  donnera
comme objectif un vol de conserve avec sa cible avant de  la  rejoindre  en
douceur  quand  on  le  voudra.  Avec   les   actuelles   performances   de
l'electronique, rien ne s'oppose a des prelevements d'echantillons sur  des
cometes ou des asteroides, Nereis devrait  -  nous  le  savons  -  etre  en
l'occurrence  le  premier  objet  visite,  cela   dans   le   cadre   d'une
collaboration nippo-americaine. A l'oppose, des vols Terre-Jupiter-Terre ou
Terre- Saturne-Terre sont  totalement  hors  de  question:  outre  que  ces
grosses planetes sont depourvues  de  sol,  leurs  vitesses  de  liberation
colossales (respectivement proches de 60 et 36 km/s) interdisent d'en faire
evader quelque vehicule que ce soit. Venus est un cas non  impossible  mais
fondamentalement difficile en raison  a  la  fois  de  l'agitation  de  son
atmosphere (qui rendra delicate son utilisation pour un  freinage),  de  la
temperature de son sol (elle exigera une electronique capable de  supporter
+ 470 deg C) et surtout de sa pesanteur a laquelle est attachee une vitesse
de liberation depassant 10,3 km/s; elle posera de serieux problemes pour le
retour vers la Terre d'une sonde legere, meme en recourant a la solution  -
obligatoire des  l'instant  ou  la  gravite  d'un  monde  est  quelque  peu
importante - de laisser en orbite autour de celui-ci le vehicule destine  a
convoyer vers la Terre une capsule porteuse d'echantillons.

Si l'on prenait pour  cible  Mercure  ou  les  satellites  de  Jupiter,  on
devrait,  comme  pour  Venus,  tabler  sur  des  vitesses  caracteristiques
voisines de 25 km/s, assurement elevees mais non aberrantes. Des operations
de cette nature seront concevables au XXIe siecle.

Mars est le  cas  intermediaire  avec  le  double  avantage  d'une  vitesse
caracteristique raisonnable et de notre assez bonne connaissance  de  cette
planete voisine. Apres asteroides ou cometes, elle est  par  excellence  le
monde dont nous devrions obtenir  des  echantillons  auxquels  on  porte  a
priori un grand interet: outre les enseignements a attendre de  leur  etude
mineralogique, leur chimie pourrait marquer une avancee en direction de  la
pre-vie.

La NASA a deja en projet, pour 2005, une mission "return sample" concernant
Mars. S'y associer serait triplement interessant pour les Europeens.  Apres
la mission de survol  qu'ils  envisagent  pour  profiter  d'une  opposition
favorable en 2003, l'organisation d'une operation conjointe  en  2005  pour
faire revenir en 2008 des echantillons en cooperation avec  les  Americains
signifierait pour eux le tir d'une ou de deux Ariane 5 et un acces direct a
la mission avec la certitude de recevoir une partie des roches  martiennes.
Pour les Americains,  le  principal  avantage  serait  financier  avec  des
lancements economises et la  participation  que  leur  assurerait  l'Agence
spatiale europeenne. Les moyens de celle-ci sont toutefois limites. D'ou de
belles discussions en perspective, d'autant  plus  que  la  politique  aura
certainement son mot a dire.

Albert Ducrocq, Air & Cosmos


UN TELESCOPE S'ETEINT UN AUTRE S'ALLUME
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Chaque semaine nous reserve sa surprise sur la vie  de  l'Univers:  la  fin
d'une etoile, l'action d'un trou noir, la collision  entre  deux  galaxies.
Les observations de phenomenes dans l'infiniment grand se multiplient  tant
au sol, avec de grands moyens optiques  et  en  haute  altitude,  que  dans
l'espace avec des satellites d'astronomie dans l'infrarouge, l'ultraviolet,
les rayons X et gamma. Cette avalanche de decouvertes resulte de la mise en
oeuvre de telescopes qui  offrent  deux  performances  essentielles:  d'une
part, capter la lumiere d'objets plus faibles et plus lointains grace a des
miroirs  de  grandes  dimensions;  d'autre   part,   discerner,   grace   a
l'interferometrie, les objets lumineux, avec plus d'acuite et de facon plus
detaillee.

Durant ces quatre derniers siecles, l'Europe de Copernic,  Brahe,  Galilee,
Kepler, Newton, Huygens, Lagrange,  Herschel,  Le  Verrier,  a  laisse  ses
empreintes dans le monde de l'astronomie. Aujourd'hui, pour  mener  a  bien
des recherches avec une sensibilite de plus en plus elevee, les  astronomes
et astrophysiciens  europeens  disposent,  avec  le  soutien  des  pouvoirs
publics,  de   moyens   d'une   technologie   avancee,   aux   performances
remarquables. Cette Europe du cosmos se joue en Amerique du  Sud  avec  des
observatoires au Chili (cote Pacifique) et avec une base de  lancements  en
Guyane francaise (cote Atlantique).

L'European southern observatory (Eso) qui regroupe huit  Etats  (Allemagne,
Belgique, Danemark, France, Italie, Pays-Bas, Suede et Suisse) fixe  depuis
Garching, pres de Munich, ses yeux sur le ciel austral. Elle  implante  des
ensembles de telescopes sur des montagnes du Chili, le long du Pacifique:

- sur Cerro La Silla a 2.400 ni d'altitude (le ciel y est degage 300  jours
par an), on trouve un chapelet de  14  telescopes  optiques,  dont  le  New
technology telescope (Ntt) qui, avec un miroir de  3,5  m  de  diametre,  a
servi de precurseur au telescope du Very Large Telescope (Vlt); il y a  par
ailleurs un radiotelescope suedois de 15 m pour des  observations  dans  le
domaine millimetrique; - sur Cerro Paranal a 2.635 m d'altitude (il y  fait
clair 350 jours par an) et pres de  l'ocean,  on  est  en  train  d'edifier
l'imposant Vlt  -  l'observatoire  du  XXIeme  siecle  -  avec  ses  quatre
telescopes dotes de miroirs principaux d'un diametre de 8,2 m et  avec  son
dispositif d'interferometrie fait de rails et de lignes optiques pour  deux
a trois telescopes auxiliaires; le premier telescope de  cet  observatoire,
qui sera le plus puissant du monde dans l'hemisphere Sud, a ete allume dans
le courant de mai avec des prises de vues deja extraordinaires mais  il  ne
sera vraiment operationnel, une fois son instrumentation  completee,  qu'en
avril 1999.

- L'Agence spatiale europeenne (Esa) qui a son siege  a  Paris  compte  les
memes membres que l'Eso  plus  le  Royaume-Uni,  l'Irlande,  l'Espagne,  la
Norvege, l'Autriche, la Finlande. Son programme scientifique, dit  "Horizon
2000 Plus", auquel chaque pays contribue au prorata de son produit national
brut, fait la part belle a l'exploration de l'espace  au  moyen  de  sondes
spatiales et d'observatoires  orbitaux.  Trois  missions  scientifiques  de
l'Esa - en plus de la contribution europeenne  a  l'utilisation  du  Hubble
space telescope (Hst) de la Nasa - donnent  des  resultats  d'un  caractere
inedit.

- La sonde Ulysse, precipitee le 6 octobre 1990 par  la  navette  Discovery
dans le systeme solaire, evolue desormais au  dessus  des  poles  de  notre
etoile. Le 17 avril dernier, elle avait effectue  une  orbite  complete  du
soleil, soit un parcours de 3,8 milliards de km en un peu plus de sept ans.
Revenue a son point de depart, elle est repartie pour un autre  survol  des
poles et pour de nouvelles mesures d'un soleil tres agite.

- L'observatoire  Infrared  space  observatory  (Iso)  etait  lance  le  17
novembre 1995 par une fusee Ariane 44P sur une orbite entre 1.000 et 70.500
km: sa mission etait d'etudier des objets celestes dans l'infrarouge  grace
au refroidissement jusqu'a l'extreme de  son  telescope  de  0,6  m.  Cette
mission etait prevue pour durer 18 mois, soit  le  temps  de  maintenir  un
froid proche du zero absolu avec des reserves d'helium suprafluide. Suite a
un bon  remplissage  et  a  une  faible  evaporation  d'helium,  Iso  a  pu
fonctionner  pendant  plus  de  28  mois  et  a  effectue  plus  de  26.000
observations du ciel.  Le  8  avril  dernier,  l'helium  etant  epuise,  la
temperature a  commence  a  monter  dans  le  telescope,  rendant  celui-ci
inutilisable.

- L'observatoire Solar  and  heliospheric  observatory  (Soho),  apres  son
lancement avec Atlas-Centaur le 2 decembre 1995, est alle a 1,5 million  de
km de la face ensoleillee  de  la  Terre  "se  balancer"  autour  du  point
Lagrange 1, en equilibre entre les gravites solaire et terrestre, la ou  le
Soleil ne se couche jamais, il devrait surveiller jusqu'en 2003 ce  qui  se
passe a l'interieur, dans l'atmosphere de notre  etoile,  diagnostiquer  ce
qui caracterise  le  vent  et  le  rayonnement  solaires.  En  deux  annees
d'observations quasi permanentes, Soho  a  mis  en  evidence  de  violentes
tornades de gaz chauds qui s'echappent en spirales du  Soleil,  fourni  des
donnees sur l'atmosphere dynamique  et  torride,  mesure  les  oscillations
provenant des entrailles de l'astre solaire, epie le rendez-vous  entre  le
vent  solaire  et  la  brise  stellaire.  Malheureusement,   Soho   connait
actuellement de serieux problemes et la suite de sa mission  est  fortement
hypothequee, sinon perdue.

Jean-Pierre Swings, astrophysicien et charge de  cours  a  l'universite  de
Liege, est concerne a la fois par les observations avec les  telescopes  de
l'Eso et avec les satellites de l'Esa: "Ce n'est pas  parce  qu'on  est  en
train de realiser le Vlt et qu'on est en train de  le  faire  evoluer  vers
l'ambitieux Very Large Telescope Interferometer (Vlti), qu'il  faut  fermer
tout le reste. Tous les telescopes, au sol comme dans  l'espace,  sont  des
outils  qui  se  completent.  On  peut,  pour  une  utilisation  terrestre,
implanter de grandes optiques qu'on ne pourra  jamais  mettre  sur  orbite.
Mais sur Terre on est limite, a cause de l'atmosphere, dans le domaine  des
longueurs d'onde. Il faut aller dans l'espace pour etudier  l'Univers  dans
l'infrarouge, l'ultraviolet, les rayons X et gamma."

La mission du satellite europeen Iso (appellation a ne pas  confondre  avec
la norme de qualite pour les produits et  services)  s'est  terminee  le  8
avril apres avoir epuise son helium de  refroidissement.  Cet  observatoire
qui, au lancement, avait une masse de 2,5  tonnes  avait  ete  realise  par
l'Aerospatiale avec la participation belge d'Alcatel Etca a Charleroi et de
la societe Imec de Louvain. Son exploitation par les astronomes  europeens,
americains et japonais a donne lieu  a  une  moisson  d'informations,  plus
abondante que prevu, sur  la  masse  cachee  et  l'impact  meconnu  de  ces
elements froids et poussiereux qui  se  trouvent  entre  les  etoiles,  les
galaxies et qui, comme atomes et molecules, interviennent dans la chimie du
cosmos. "Etant le seul telescope au monde capable d'observer l'Univers  sur
une large gamme  de  longueurs  d'onde  dans  l'infrarouge,  precise  Roger
Bonnet, directeur du programme scientifique de l'Agence spatiale europeenne
(Esa), Iso a joue un role irremplacable dans les decouvertes  astronomiques
qui nous aident a comprendre nos origines."

L'analyse des donnees recueillies lors des  26.000  seances  d'observations
qui ont ete effectuees avec le telescope infrarouge de 0,6 in d'Iso  va  se
poursuivre jusqu'en 2001, avec une equipe d'experts qui  sera  basee  a  la
station Esa de Villafranca, en Espagne: c'est cette station qui a assure le
controle et le pilotage de l'observatoire sur orbite. Il y a du pain sur la
planche: les informations d'Iso vont y etre comprimees pour etre  archivees
sur 500 a1.000 disques compacts; ces archives doivent etre diffusees aupres
de la communaute astronomique internationale jusqu'a la fin de 1999. D'ores
et deja, on peut mettre  a  l'actif  des  instruments  d'Iso  de  nouvelles
connaissances  sur  l'histoire  des  etoiles,  la  composition  du   milieu
interstellaire, le comportement des galaxies, la formation  et  l'evolution
de l'Univers.

Une equipe d'astronomes europeens - avec  la  participation  du  professeur
Christoffel Waelkens, de l'Instituut  voor  Sterrenkunde  de  la  Katholiek
universiteit Leuven - a observe des planetes en  train  de  prendre  forme,
dans des anneaux riches en silicates, autour d'une etoile a l'agonie. Cette
decouverte permet de comprendre le  processus  de  formation  des  planetes
ainsi que des cometes qui sont les vestiges de planetes avortees.

Plusieurs instruments d'Iso ont detecte de la vapeur d'eau sur les planetes
geantes du systeme solaire (ainsi que sur Titan, la "lune" de  Saturne),  a
proximite d'etoiles et dans des nuages sombres situes  vers  le  centre  de
notre galaxie, la Voie lactee. Plusieurs astronomes  en  concluent  que  la
vapeur d'eau, apres l'hydrogene moleculaire et le monoxyde de carbone,  est
l'une des composantes majeures de l'Univers. Roger Bonnet est enchante  par
ce constat:  "Mettre  en  chantier  l'historique  de  l'eau  terrestre  qui
provient de l'espace semble a present a portee des astronomes grace a  Iso.
Et la decouverte grace a Iso que l'eau existe un  peu  partout  dans  notre
galaxie apporte un soutien nouveau a l'eventualite de la  vie  a  proximite
d'autres etoiles."

De spectaculaires cliches dans l'infrarouge ont mis en evidence des  noyaux
protostellaires qui  donnent  naissance  aux  etoiles;  ils  permettent  de
corriger les explications sur le processus d'eclosion des etoiles. On a  pu
suivre  l'evolution  d'accidents  cosmiques,  comme  des  collisions  entre
galaxies dans des nuages de poussieres ou se  produisent  des  flambees  de
formation d'etoiles. Grace a des observations de longue duree d'exposition,
des galaxies faiblement lumineuses ont ete decouvertes a travers les  trous
dans les amas de poussieres: elles remontent a une epoque  correspondant  a
la moitie de l'age actuel de l'Univers.

En "allumant" le premier de ses quatre telescopes de 8,2 m, le  Very  Large
Telescope (Vlt) de l'Eso vient de franchir une etape cruciale pour etre mis
a la disposition de la communaute astronomique  internationale.  Pour  Yvan
Ylieff, le ministre belge de  la  Politique  scientifique,  "les  Europeens
retrouvent leur leadership en  astronomie  optique".  Il  faut  dire  qu'il
existe  entre  les  Etats-Unis,  l'Europe  et  le  Japon  une   competition
technologique,  certes  amicale,  pour  relever  les  defis  que  pose   la
comprehension dans l'Univers de bouleversements titanesques et  de  la  vie
parmi les etoiles. On assiste a une course de vitesse dans la mise au point
d'instruments de plus en plus performants pour observer  ce  qui  se  passe
dans l'infiniment grand. Surtout que la curiosite s'amplifie en  decouvrant
de l'inedit. Avec l'avalanche de revelations sur  le  milieu  stellaire  et
dans le domaine extra-galactique, les equipes d'astronomes se bousculent au
portillon des grands telescopes avec des  propositions  pour  de  nouvelles
observations.

L'Europe, comme elle l'a fait pour sa technologie au service des  activites
spatiales avec l'Esa et pour ses recherches dans le domaine des  particules
elementaires avec le Centre europeen de recherche  nucleaire  (Cern),  mise
sur la cooperation pour se doter de telescopes puissants  et  d'instruments
originaux d'astronomie. Ainsi, en  1962,  elle  a  fait  naitre  l'European
southern observatory (Eso). On trouve la Belgique, aux cotes de la  France,
de l'Allemagne, de la Suede et des Pays-Bas, parmi les pays  fondateurs  de
l'Eso. "Ce choix etait le bon, constate le ministre Yvan  Ylieff,  puisque,
depuis 35 ans, les astronomes des differentes universites  du  pays  et  de
l'Observatoire  royal  de  Belgique  beneficient  d'un  excellent   "retour
scientifique" et disposent d'importants temps d'observation aux  telescopes
de La Silla. Le retour industriel, bien qu'assez faible jusqu'il y  a  peu,
vient d'augmenter considerablement avec  une  serie  de  contrats  lies  au
developpement et a la mise en place du Vlt. "

Chaque  annee,  la  Belgique,  via  les  Services  federaux  des   affaires
scientifiques, techniques et culturels (Sstc), affecte en  moyenne  quelque
150 millions de francs a l'Eso. Ce qui represente 5,4 % du budget global de
l'organisme europeen. L'Eso a pour mission premiere de mettre a disposition
de la communaute scientifique europeenne des outils puissants d'observation
astronomique que chaque pays ne pourrait acquerir  sur  le  plan  national.
L'Eso a pris des accords avec le Chili pour  implanter  deux  observatoires
dans  l'hemisphere  Sud  pour  etudier  le  ciel  austral.  L'ensemble   de
telescopes sur le mont Cerro La Silla, a 600 km au Nord de Santiago, a  ete
mis en service en 1977 et n'a cesse de s'agrandir pour compter  aujourd'hui
une quinzaine d'elements. Il accueille annuellement plus de 500  chercheurs
du monde entier.

Un investissement de 20 milliards de francs belges

Plus au Nord du Chili que la Silla, le Very Large  Telescope  sur  le  mont
Cerro Paranal est en train de  prendre  forme.  Il  est  implante  pres  de
l'ocean Pacifique sur un site montagneux au milieu d'une region desertique,
qui rappelle le paysage desole de Mars. Ce sont quelque 250  ingenieurs  et
techniciens qui se relaient pour realiser cette infrastructure  audacieuse.
Avec l'achevement du Vlti en 2003, quelques dizaines  de  personnes  seront
responsables en permanence, a l'observatoire de Paranal, des operations  et
seront chargees de la maintenance. " Ce n'est pas un endroit agreable  pour
sejourner et il faut avoir le coeur bien accroche pour venir y travailler a
l'ecart du monde", constate le professeur Lodewijk Woltjer qui a choisi  ce
"lieu  extra-terrestre"  pour  le  Vlt,  "Ce  site  pour  les  observations
astronomiques offre autant d'avantages que celui de Mauna  Kea,  a  Hawaii,
dans l'hemisphere Nord. Comme il est situe a haute altitude et au  bord  de
l'ocean, le ciel y est degage 350 jours par an et l'air y est sec,  stable,
pas encore rechauffe ni agite par des turbulences. "

A ce jour, 12 milliards de francs ont  ete  investis  dans  le  Very  Large
Telescope, dont la construction a commence en 1991. Deja, chacun des quatre
grands telescopes du Vlt est a meme d'observer des objets celestes qui sont
4 milliards de fois plus faibles que ce que nous pouvons voir a l'oeil  nu!
A l'instar du lanceur Ariane 5, le Vlt va grandir dans les  cinq  annees  a
venir  pour  devenir  le  Very  large  telescope   interferometer   (Vlti).
L'ensemble termine en 2003 aura coute une vingtaine de milliards de  francs
belges.

- Le premier telescope ou Unit telescope (Ut 1) qui est dote du  miroir  de
8,2 m pour 0,17 m d'epaisseur, pesant 23 tonnes, est a l'essai et en  cours
de recette. Il doit,  avant  la  fin  de  l'annee,  recevoir  ses  premiers
instruments scientifiques,  a  savoir  l'Infrared  spectrometer  and  array
(Isaac) et le Focal reducer low-dispersion  spectrograph  (Fors)  pour  des
mesures multispectrales jusque  dans  le  proche  infrarouge,  a  basse  et
moyenne resolutions.

- Le deuxieme telescope ou Ut 2 sera installe dans le courant de 1999.

- Les Ut 3 et Ut 4 seront mis en place respectivement durant l'an  2000  et
2001; une optique adaptative pour compenser les influences de  l'atmosphere
sur les prises de vues equipera progressivement les telescopes pour  rendre
plus performante - avec une resolution angulaire de 0,06 seconde d'arc - la
surface totale de 211 m2 pour capter la lumiere sur les miroirs principaux.

- L'infrastructure pour l'interferometre optique ou Vlti va  recevoir  deux
telescopes mobiles de 1,8 m "made in Belgium" ainsi que les lignes optiques
pour les faisceaux de  lumiere.  Il  est  prevu  que  cet  equipement  soit
installe en 2002 et mis en oeuvre durant 2003. Le Vlti doit etre  un  outil
tres  puissant  d'observations  et  il  peut  devenir  le   plus   puissant
observatoire du monde: equivalent a un telescope ayant un diametre  de  130
m, il sera capable d'une acuite visuelle (resolution  angulaire)  jusqu'ici
inegalee de 0,0005 seconde d'arc!

Pour Christoffel Waelkens,  president  du  Comite  belge  de  l'Eso  et  de
l'"Observing programs committee", le Vlt, et plus  encore  le  Vlti,  offre
d'enormes   possibilites   pour   l'astronomie    extra-galactique,    pour
l'astrophysique  stellaire,  pour  l'identification  de   planetes   autour
d'etoiles, pour le reperage et l'etude de petits objets, comme les  cometes
et les asteroides, dans le systeme solaire, "Le 1 er avril 1999, le premier
telescope  du  Vlt  sera  un  outil  operationnel  a  la  disposition   des
astronomes. D'ici la, il  aura  ete  teste  et  aura  recu  son  equipement
scientifique.  L'Eso  attend  durant  cet  automne  les  propositions   des
chercheurs qui sont interesses par l'emploi du Vlt.  On  procedera  a  leur
evaluation pour choisir les meilleures observations a faire. "

Theo PIRARD


CREATION D'UN BUREAU POUR LA DETECTION DES ASTEROIDES ET DES COMETES
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Un bureau specialise dans la detection et le suivi des  asteroides  et  des
cometes potentiellement dangereux pour la Terre sera prochainement  mis  en
place, a annonce mardi l'Agence spatiale americaine (NASA). Cet  organisme,
dont  le  siege  sera  au  Jet  Propulsion  Laboratory  (JPL)  de  Pasadena
(Californie), devra repertorier "d'ici a la fin de la prochaine decennie au
moins 90% des quelque 2.000 asteroides et cometes de plus d'un kilometre de
diametre qui approchent de la Terre", a precise la NASA dans un communique.

"Ce sont des  objets  difficiles  a  detecter  en  raison  de  leur  taille
relativement petite, mais qui sont tout de meme assez gros pour  avoir  des
effets planetaires si l'un d'entre eux touchait la Terre", a souligne le Pr
Donald Yeomans, futur directeur du bureau.

Cette  recherche,  a-t-il  ajoute,  "necessitera  la  participation  de  la
communaute astronomique internationale".

Le directeur scientifique charge a la  NASA  de  l'exploration  du  systeme
solaire,  Carl  Pilcher,  avait  recemment  annonce  au  Congres  que   son
administration allait consacrer plus d'un milliard de dollars au cours  des
dix prochaines annees a  l'identification  et  l'etude  des  asteroides  et
cometes risquant d'entrer en collision avec la Terre.


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